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La niña de los peines (FRANÇAIS)

Texto: Manuel Bohórquez Casado // Foto: Archivo Manuel Bohórquez

09 / 14 / 2017

La Niña de los Peines s’appelait Pastora María Pavón Cruz et vint au monde le 10 février 1890 à la rue Butrón du quartier sévillan de la Puerta Osario, selon son extrait de naissance original. Cependant, il se peut qu’elle soit née à la rue Castilla du quartier de Triana, comme elle l’avait dit elle-même au guitariste Melchor de Marchena, lui montrant même la maison devant une série de témoins qui vivent encore et qui pourraient le confirmer. En tout cas, ce dont on est sûr c’est qu’elle a vécu à Triana quand elle était petite.

Fille de Francisco Pavón Cruz, de El Viso del Alcor (1853-191?), et de Pastora Cruz Vargas, de Arahal (1858-1922), La Niña a eu la chance de naître au sein d’une famille consacrée par tradition au “cante”, bien que nous n’ayons pas trouvé d’antécédents professionnels avant son frère Arturo, qui naquit à Arahal en 1882. Nous savons que son grand-père maternel, le forgeron gitan Tomás Cruz El Calilo, chantait très bien “por tangos”, et que son père, surnommé El Paíti, connaissait et maîtrisait le “cante” à palo seco (à capelle). Elle a parfois dit elle-même que sa famille était alliée à celle des Pelao de Triana, les grands “martineteros” du XIXe siècle, qui vécurent toujours dans la rue Evangelista, dans la Cava Gitana de ce célèbre faubourg sévillan.

Pastora chanta pour la première fois sur la scène d’un stand de la Foire de Séville, vers 1899. Elle le racontait ainsi au journaliste catalan Ernest Guasp pour le magazine Mirador, le 19 juillet 1934:

“Mon vrai nom est Pastora Pavón Cruz, je suis née à Séville il y a quarante trois ans, dans la rue Valle, 19, et je suis gitane comme toute ma famille. J’ai débuté par hasard, ou plutôt, par délégation, dans un stand de la Foire de Séville où chantait mon frère Arturo ici présent. Je l’ai remplacé un jour qu’il avait bu. Cette situation était si fréquente que j’ai décidé de commencer à être célèbre. J’avais huit ans à ce moment-là. Ça fait donc trente cinq ans de cela.”

 

Niña de los Peines

LA CONQUÊTE DE MADRID

Ses débuts professionnels ont eu lieu en 1903 dans la capitale, où elle voyagea avec sa mère pour rendre visite à sa tante Tomasa, mais celle-ci était décédée lorsqu’elles arrivèrent. Le mari de Tomasa, l’oncle Antonio Diánez, écouta chanter sa nièce et l’emmena immédiatement au Café del Brillante pour que les bons amateurs de la ville l’écoutent. Cette nuit-là, elle fut sacrée nouvelle reine du “cante” andalou.

L’oncle Diánez se vantait de ce fait historique en novembre 1911, lors d’une entrevue pour le journal El Liberal de Madrid réalisée par l’écrivain Alejandro Pérez Lugín, amateur de flamenco et des corridas, et auteur du film Currito de la Cruz, dont la première eut lieu en 1921:

C’est moi qui l’ai emmenée, moi et moi seul. Ça fait huit ans de ça et je m’en souviens comme si c’était ce matin. Elle portait une robe courte et des tresses. Lorsqu’elle est montée sur le “tablao”, Ángel Baeza, le célèbre guitariste, lui a tendu la guitare et lui a dit : “Accorde-la pour toi”. Et la petite l’a accordée et la lui a rendue. Et Baeza l’a regardée fixement et lui a dit: “Mais, gamine, tu n’as peur de rien!”

Parmi les nombreux personnages célèbres qui furent témoins des débuts de La Niña, se trouvait le peintre basque Ignacio Zuloaga. On dit qu’il était tellement ému par le “cante” de la petite gitane venue de la ville de la Giralda, qu’il décida 25

de l’emmener à Bilbao pour la présenter au Café de las Columnas, où il fut obligé de soudoyer les gardes pour qu’ils la laissent chanter, car il était interdit de faire travailler les mineurs. Cela démontre comme il avait été ébloui par Pastorcita, à laquelle il fit un portrait à l’huile lorsqu’elle n’avait que quatorze ans. Le tableau fut intitulé Pastorcita la Gitane.

Lorsque la mère et la fille retournèrent à Séville après une saison sous la protection économique du peintre, les amateurs savaient déjà qu’une gamine du coin avait émerveillé les madrilènes et les basques, et qu’ils lui avaient mis le nom artistique de La Niña de los Peines, à cause de “tientos-tangos” qu’elle chantait et qu’elle avait appris d’un aveugle sur l’Alameda de Hércules:

Peigne-toi avec mes peignes

Car mes peignes sont en sucre.

Les femmes qui se peignent avec mes peignes

Finissent par sucer leurs doigts.

L’excellent “cantaor” de Málaga Sebastián Muñoz El Pena, qui travailla également comme imprésario, profita de la célébrité de La Niña et la fit débuter au Café de la Marina de Málaga, avec un salaire de trois pesetas par jour. De Málaga, elle alla à Xérès, où elle encaissait déjà quarante pesetas pour chanter tous les soirs dans La Primera, la taverne la plus réputée du pays de Chacón et Manuel Torre.

En 1908, Pastorcita apparaissait déjà dans les journaux et elle recevait des offres en grand nombre pour faire ses premiers disques, qu’elle enregistra sous le prestigieux label Zonophone et qui furent très bien accueillis par les amateurs de toute l’Espagne lors de leur parution dans les magasins en 1910. La jeune artiste fut également engagée dans les meilleurs théâtres de Séville, où elle partagea l’affiche avec des artistes tels que Antonio Chacón, avec lequel elle eut quelques disputes dans la rue Sierpes vers 1912.

Les journaux parlaient d’elle comme de La Reina del Cante Flamenco (La Reine du “Cante” Flamenco), et sa vie se déroulait de théâtre en théâtre et de foire en foire, comme la première voix du “cante” et côtoyant les deux phénomènes de l’époque, Chacón et Manuel Torre, deux “cantaores” qui eurent une influence assez grande sur sa formation comme “cantaora”, comme nous pouvons constater en écoutant ses premiers disques.

L’ARRIVÉE DE L’OPERA FLAMENCO

Lorsque vers le milieu des années vingt, Alberto Montserrat et son beau-frère Vedrines, les deux imprésarios les plus forts de l’époque, décidèrent de porter le flamenco au grand public, créant ainsi l’opéra flamenco, Pastora, qui était une grande professionnelle, décida de prendre part à l’aventure et parcourut l’Espagne avec ces grandes compagnies, obtenant d’énormes succès dans des dizaines d’arènes et gagnant beaucoup d’argent, avec lequel elle entretenait toute sa famille. Elle avait déjà une fille appelée également Pastora, et avait sous sa tutelle d’autres membres de sa famille. Donc, l’idée de savoir s’il était plus ou moins éthique de chanter dans les arènes –d’autres “cantaores” n’ont jamais accepté, par exemple, son frère-, semblerait absurde, surtout après avoir chanté dans des cafés-concerts, des stands de foires, des tavernes et des fêtes de “señoritos”.

LA GUERRE CIVILE DE 1936

Lorsque la Guerre Civile de 1936 éclata, Pastora Pavón était mariée avec le grand “cantaor” sévillan Pepe Pinto, qui avait sa propre compagnie de flamenco. La guerre les surprit alors qu’ils travaillaient à Jaén. Au lieu de retourner à Séville, ils décidèrent de partir pour Madrid pour des raisons de sécurité. La capitale n’était pas encore tombée aux mains des franquistes et c’était le lieu le plus sûr pour sauver la vie. Mais Pastora ne pouvait pas imaginer qu’elle devrait passer toute la guerre à Madrid, sans pouvoir voir sa fille et ses frères, Arturo et Tomás. A Madrid, elle demeura pratiquement à l’écart de la scène, bien qu’elle ne refusait jamais de chanter là où elle était invitée. Le 19 août 1937, elle participa à un hommage à Federico García Lorca, qui fut fusillé un mois après le soulèvement militaire fasciste. 27

Pastora connut Lorca lors du Concours de Cante Jondo de Grenade, en 1922, où elle participa en tant qu’artiste invitée, et ce fut un coup dur pour elle d’apprendre à Madrid qu’un grand poète comme lui avait été assassiné, car il était également son meilleur ami et un adepte de son “cante”. C’est pourquoi elle n’hésita pas à chanter au Cinéma Salamanca en sa mémoire, partageant l’affiche avec un autre grand “cantaor” sévillan, Manolo Caracol, qui connut également le poète lors du concours mentionné, dont il fut le gagnant avec le septuagénaire Tenazas de Morón.

Lorsque Franco signa son dernier bulletin de guerre à Burgos, le premier avril 1939, Pastora et son mari retournèrent à Séville pour retrouver la famille et continuer à travailler. Pepe Pinto essaya de remettre sur pied sa compagnie, mais ce n’était pas facile et ils s’engagèrent tous deux dans celle de Mme Concha Piquer, la grande dame de la chanson, qui avait fait une reprise de Las calles de Cádiz, une oeuvre du toréador Ignacio Sánchez Mejías. La première eut lieu en octobre 1933 avec La Argentinita, et remporta un grand succès, car outre la qualité et l’emprise d’Encarnación López Júlvez, des artistes de la classe de La Macarrona, El Gloria, La Malena et Pilar López travaillaient également dans l’oeuvre.

Dans la version de Mme Concha Piquer se trouvaient encore, outre Pastora et El Pinto, La Macarrona et La Malena, ainsi que La Ignacia, María Albaicín, Mari Paz, Pepe el Limpio, Rafael Ortega et Pericón de Cádiz, plus le guitariste Melchor de Marchena. Elle parcourut quelques villes avec ce spectacle, mais la grande artiste sévillane était déjà un peu fatiguée, c’est pourquoi elle décida d’abandonner définitivement la scène pour se consacrer uniquement à sa fille et à son mari.

L’ESPAGNE ET SA “CANTAORA”

Après avoir participé pendant quelques années à quelques fêtes privées et à des hommages à d’autres artistes, Pepe Pinto décida de créer un grand spectacle, pour que sa femme remonte sur les scènes de toute l’Espagne. L’oeuvre avait pour titre España y su cantaora (L’Espagne et sa “cantaora”) et ce fut un grand fiasco économique. Avec des textes de l’auteur Molina Moles et une musique des compositeurs Maestro Naranjo et Arturo Pavón, neveu de Pastora, l’inves28

El bar ‘Pinto’ en La Campana de Sevilla.

Junto a Pastora y Pepe Pinto aparecen Manolo Mairena, Antonio Mairena,

Juan de la Plata, Chocolate, Pedro Peña y Juan de Dios Ramírez Heredia, entre otros.29

tissement fut très grand, mais le public ne fut pas intéressé par le retour de la Niña de los Peines, contrairement à ce que Pepe espérait. La première eut lieu au théâtre San Fernando de Séville, le 19 janvier 1949, remportant un grand succès. Mais après avoir parcouru quelques villes d’Espagne avec un mélange de succès et d’échecs, Pepe Pinto décida d’arrêter la tournée à Alcázar de San Juan (Ciudad Real) pour éviter la ruine. Pour Pastora ce fut très dur de voir que le public recherchait autre chose, un style plus commercial. “Cette nuit-là, j’ai pleuré”, déclara-t-elle quelques années plus tard, en évoquant cet échec. “J’enrageais de voir que le public n’avait pas compris mon style, et j’en ai pleuré!”.

LES HOMMAGES

Les dernières années de la vie de Pastora furent très dures, car elle vit peu à peu disparaître les personnes qui lui étaient les plus chères : sa mère, son frère Arturo et le frère cadet, Tomás, la plongèrent dans une énorme tristesse. Pepe Pinto, qu’elle aimait à la folie, et sa fille Tolita, qui se maria et commença à vivre sa vie, étaient tout ce qui lui restait. Et l’affection de nombreux amateurs, car tous ne l’avaient pas abandonnée pour Antonio Molina et El Malagueño…

La ville de Cordoue organisa un grand hommage au mois de mai 1961, avec la participation de nombreux personnages du flamenco et bon nombre d’intellectuels. Quant à Séville, sur l’initiative de la Tertulia Flamenca de Radio Sevilla, elle lui fit un monument sur l’Alameda de Hércules, une oeuvre du sculpteur Antonio Illanes. La statue fut découverte aux sévillans en décembre 1968, mais Pastora ne put pas assister à l’événement, car elle était déjà très malade, elle perdait la tête.

Pepe Pinto mourut le 6 octobre 1969. Pastora n’en sut rien, mais elle le sentit. “Pepe est mort, peut-être ?”, demanda-t-elle, dit-on, en voyant autant d’affairement dans la maison pendant la nuit. Personne ne lui dit rien, mais elle le savait. Pepe prenait soin d’elle avec une dévotion émouvante et ces choses-là, même si on a perdu la tête, on ne peut pas les oublier.

Pastora Pavón Cruz, La Niña de los Peines, mourut le 26 novembre de la même année, dans sa maison de la rue Calatrava. Tant les gitans que les non-gitans pleurèrent sa mort et l’accompagnèrent jusqu’à sa dernière demeure. Sa 30

dépouille repose aujourd’hui au cimetière de San Fernando de Séville, dans la même tombe que celle de son mari et à côté d’une autre sépulture sans nom, qui renferme les dépouilles de ses parents et de son frère Tomás.

Le Gouvernement d’Andalousie déclara son oeuvre enregistrée Bien d’Intérêt Culturel en 1999 et a crée un prix portant son nom et qui a été décerné jusqu’à présent à Fosforito et Paco de Lucía. Mais le plus important, trente quatre ans après sa mort, c’est qu’elle demeure vivante dans la mémoire des amateurs. Pastora est encore La Reina del cante flamenco, La voz de estaño fundido, La Emperadora del cante grande (La Reine du “cante” flamenco, La voix d’étain fondu, L’Impératrice du grand “cante”). Ses disques sont réédités constamment et les jeunes “cantaores” tels que Esperanza Fernández, Mayte Martín, Estrella Morente et Arcángel, entre autres, boivent de cette source inépuisable.

Traduit par Ibertrad, S.L.

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